Allongée dans mon lit, j'écoute le silence. Tout en pensant que je ne peux pas vraiment l'écouter, puisque pour moi, il n'existe pas. Pas vraiment. En me concentrant, j'arrive toujours à entendre un bruit de fond. Nous sommes en mai, et dehors, les grillons s'en donnent à coeur joie ! Si ce n'était pas les grillons, ce serait le vent dans les arbres ou le moteur d'une voiture qui passe devant chez moi.
Mais il y aurait toujours un bruit quelconque pour venir troubler le silence.
"Il suffit de dire mon nom pour me briser" dit une célèbre devinette. Moi je trouve que c'est faux.
Il suffit d'écouter le silence et de se rendre compte qu'il n'existe pas afin qu'il soit brisé.
Une parole serait inutile. Jamais le silence n'est total. Moi j'aime le bruit (en particulier s'il s'agit de la musique qui s'échappe des hauts-parleurs de ma chaîne hi-fi !), mais je sais apprécier aussi le silence. L'un comme l'autre m'inspirent.
Je trouve agréable d'écouter le silence, car il permet la découverte de choses insoupçonnées.Peu de gens savent l'apprécier. La plupart ont besoin de bruit pour exister. Pour eux, le silence, c'est la solitude. Et ils ont peur de la solitude. Pour moi, la solitude est une bonne chose si elle est consommée à petites doses. Les doses que j'ai pu connaître auparavant ont été si fortes, parfois, que j'ai appris à savourer les petites doses. Et ces petites doses, les miennes, ne sont jamais vraiment silencieuses. Pour deux raisons : la première, c'est que je les emploie le plus souvent à écouter de la musique (et jamais en sourdine !) ; la deuxième, c'est que j'ai toujours quelque chose à écouter si ce n'est pas ma musique, puisque le silence est pour moi inexistant.
J'apprécie donc beaucoup le silence, je sais aussi le garder et j'aime ca.
Garder le silence, chose que peu de gens savent faire, c'est pouvoir écouter ce qui nous entoure et le respecter.
Exactement comme je suis en train de le faire, seule dans mon grand lit froid, où il y a toujours une place vide sur l'oreiller à côté du mien. Si cette place était occupée, j'imagine à quel point le silence serait troublé. Car ce ne serait pas le chant des grillons que je serais en train d'écouter. Ce serait la respiration et les mouvements de la personne qui dormirait à mes côtés. Une écoute qui m'empêcherait de dormir... et qui serait elle-même troublée par les battements de mon propre coeur...
illustration : croquis de Toulouse-Lautrec